NOUVEAU PARTI ANTI CAPITALISTE

  • Un simulacre de vote populaire en Fédération de Russie
    par fred-radar le juillet 7, 2020 à 8:53

    Le « vote de tous les Russes » pour la réforme constitutionnelle s’est terminé mercredi 1er juillet. Le scrutin, prévu en avril, avait été repoussé en raison du confinement. Sans attendre la fin de la pandémie, les Russes ont été déconfinés et priés de se rendre masqués et gantés aux urnes. 67,97 % des électeurEs inscrits se sont levés de leur canapé pour aller voter et entériner l’article 81 de la Constitution qui autorise Poutine à remettre son compteur à zéro et à se représenter aux élections présidentielles de 2024. Poutine jusqu’en 2036 ? Sans crier gare, Poutine avait pris l’initiative de ladite réforme le 15 janvier. Il présentait son projet de révision, au nom des « changements » réclamés selon lui par le peuple russe. Pour que ce dernier ne puisse prendre le temps de le contredire, la procédure était accélérée. Indépendamment de toute Assemblée constituante, le projet était adopté par la Douma en moins de deux mois. La Cour constitutionnelle ne mouftait pas et déclarait conforme le projet malgré les contradictions de fond flagrantes et les entorses à la forme. Sûr de lui et décidé à se faire acclamer, Poutine imposait son bouquet final : une votation populaire. Les chiffres attendus par Poutine sont là : 77,92% de votes favorables, notamment grâce aux manœuvres et fraudes habituelles pour arracher des votes ou l’organisation de loteries faisant miroiter des smartphones. Aucune démagogie n’a été épargnée, les spots publicitaires à la TV ont marqué le confinement et les jeunes « bénévoles de la Constitution » sont les « héros principaux des changements ». Vladimir Poutine est en place depuis 2000 et s’y verrait bien jusqu’à 2036 dans le cadre d’un exécutif renforcé notamment par la réforme d’un Conseil d’État à la fonction exorbitante et aux compétences indéfinies ! Les opposantEs au régime et quelques spécialistes ont dénoncé un coup d’État. La Constitution et la réalité L’enjeu principal du scrutin était d’accorder une base constitutionnelle à la prolongation du règne de Poutine mais 50 amendements étaient à voter. Les amendements constitutionnalisant la « foi en Dieu » et le mariage hétérosexuel visaient à flatter les plus conservateurs, tandis qu’un volet prétendument social cherchait à appâter les classes populaires. Sur le papier, le projet prévoyait l’assurance d’un régime universel de retraite et l’établissement d’un salaire minimum sur la base d’un « minimum vital » sans pour autant revenir sur une récente réforme des retraites, qui avait donné lieu à une vaste campagne de protestation. Dans la réalité aggravée par la crise sanitaire, la récession est engagée. Le chômage bat son plein et les nombreux travailleurEs, exploités dans le cadre de l’économie informelle, n’ont d’ores et déjà rien à espérer des amorces sociales de la réforme constitutionnelle. Légalement, la voie référendaire aurait exigé un vote amendement par amendement. Mais pas question que les électeurEs puissent s’exprimer en faveur des mesures sociales sans avaliser également le projet institutionnel permettant à Poutine de prolonger son mandat jusqu’en 2036. Foin donc du Référendum constitutionnel, et vive le « Vote de tous les Russes » ! La révision constitutionnelle est entérinée, difficile en revanche d’affirmer que Poutine et sa politique ont été plébiscités. La Constitution rapiécée sur mesure ne suffira pas à Poutine et son régime pour rester en place, si les classes populaires russes venaient à engager un bras de fer pour imposer un changement social et politique que beaucoup appellent de leurs vœux. Artem Orlov

  • « Vague verte » : forte, ambiguë mais propice au débat
    par fred-radar le juillet 7, 2020 à 8:45

    Avec toute la prudence nécessaire compte tenu du phénomène d’abstention record, il semblerait malgré tout que se confirme et s’amplifie un glissement électoral significatif. Les consciences, les idées, les représentations bougent : ces mouvements sont à analyser avec sérieux car des conclusions politiques doivent en être tirées. EÉLV avait réalisé un bon score aux européennes l’an passé, 13,5%. Transformer l’essai n’était pas gagné d’avance. Dans le contexte d’écœurement démocratique, de la crise du Covid-19 dont l’origine écologique est perçue très largement, les espoirs des militantEs d’EÉLV sont même dépassés. Succès impressionnants Marseille, Bordeaux, Lyon, Strasbourg auront unE maire EÉLV. Grenoble confirme son vote de 2014. Des villes moyennes comme Tours, Poitiers, Colombes, Besançon, Annecy sont gagnées par des listes conduites par EÉLV… À Lille, ça c’est joué à peu de choses. Dans de nombreuses villes dirigées par le PS et reconduites, et à Paris en premier lieu, EÉLV conforte ses positions. Certains commentaires affirment que ces succès sont limités aux villes, et les analysent comme vote de couches moyennes. Cette analyse est hâtive car en milieu rural où le score d’EÉLV aux européennes était comparable à celui dans les villes, les appartenances partisanes aux municipales ne s’affichent que rarement. Alliances à gauche... Clivage droite-gauche pas mort, n’en déplaise à Yannick Jadot ! C’est sur fond de discrédit massif et rapide du macronisme, suite principalement aux batailles des Gilets jaunes et sur les retraites mais tout autant de l’affaiblissement très important du PS lors des scrutins de la présidentielle et des européennes, de la marginalisation historique du PCF, que EÉLV a réussi bien souvent à s’ériger en « leader à gauche ». Ce n’était pas le « plan Jadot 2019 » qui stigmatisait « les vieux clivages » mais c’est cela qui s’est réalisé pragmatiquement dans les villes. Avec souvent, il faut bien le noter, des ambiguïtés soigneusement maintenues. Les réalités locales sont diverses bien sûr, et on a pu voir des PS macronistes s’activer sur certaines de ces listes « d’union de la gauche » comme à Metz où la tête de liste EÉLV était macroniste en 2017 avec un passé à l’UDI. À l’opposé, le lien entre les fortes marches pour le climat et l’élection est assez évidente à Lyon. … parfois contre le PS Strasbourg gagnée sur une réelle dynamique et Lille sauvée in extrémis par Martine Aubry en sont les exemples les plus nets : la bataille a parfois été celle de « la jeunesse contre le vieux monde ». EÉLV, parti aux effectifs pourtant modestes et à l’orientation très institutionnelle, a réussi à être pôle de rassemblement dans cette campagne électorale. Vote EÉLV, symptôme du changement d’époque Les luttes émancipatrices se mènent très rarement dans la plus grande clarté, c’est un euphémisme ! Le capitalisme et son productivisme intrinsèque nous ont fait entrer dans une nouvelle ère, l’anthropocène. Il ne s’agit pas d’un nouveau paragraphe dans la description de la crise du système capitaliste, un paragraphe s’ajoutant aux dimensions sociales, politiques ou démocratiques. L’écologie nous parle des conditions matérielles de toutes les luttes. Et même si c’est de manière bancale, non explicite, partielle, floue, le vote écolo lors de ces municipales a porté cette idée. Vitupérer la « vague verte » ou préparer la vague écosocialiste ? Léo Ferré moquait les fourreurs, petits-bourgeois boutiquiers, « vitupérant l’époque » : quel triste renversement ce serait de voir les révolutionnaires se contenter, en se limitant aux critiques (légitimes) d’EÉLV, de « vitupérer », la « vague verte », n’osant pas révolutionner leur pensée, distinguer le neuf, le radicalement neuf, rechignant à remettre l’ouvrage sur le métier, à travailler les questions écologiques si urgentes et à réorganiser leur pensée ! Commission nationale écologie

  • Pour la santé, touTEs à la Bastille le 14 juillet !
    par fred-radar le juillet 7, 2020 à 8:32

    Le Premier ministre Jean Castex prévient ne pas croire au « consensus mou » et prétend conclure le Ségur de la Santé dans les jours qui viennent et régler « à court terme » le dossier des retraites. Tambour battant, l’ex-secrétaire général adjoint de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy, aux ordres d’un Macron qui annonçait en pleine crise sanitaire « un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières », veut en finir avec la contestation hospitalière. L’arrivée à Matignon de l’ex-directeur de l’Hospitalisation et de l’offre de soins, artisan de la T2A, tarification à l’activité hospitalière pour soumettre celle-ci aux lois du marché, flanqué de Nicolas Revel, ex-directeur de l’Assurance maladie, promoteur de toutes les politiques d’austérité, comme chef de cabinet, donne le ton. Celui du retour au « monde d’avant » avec deux casseurs notoires de l’hôpital public.  Colères multiples Le 30 juin dernier, la mobilisation affaiblie par des divisions à l’œuvre dans la représentation syndicale, qu’elle siège au Ségur ou pas, a connu, notamment en Île-de-France, un reflux dont a profité Véran, ministre de la Santé, pour lancer des miettes de revalorisation salariale à celles et à ceux qui, il n’y a pas si longtemps étaient portés aux nues. 80 euros mensuels pour les soignantEs, 35 pour les autres ! Bien loin des 300 euros revendiqués depuis l’année dernière par des hospitalièrEs qui n’ont pas dit leur dernier mot. D’autant plus que l’enveloppe de 6 milliards, avancée par le ministre, comprend le financement de la filière sanitaire associative et l’hospitalisation privée. En clair, permettre aux actionnaires du privé lucratif de préserver leurs dividendes… Après avoir claqué la porte du Ségur, les médecins hospitaliers, privés d’une revalorisation décente alors qu’un tiers des postes de praticienEs sont vacants, s’étaient joints à l’appel du 30 juin. De leur côté, les internes, médecins en formation, font cavalier seul pour contester ce Ségur dont les propositions salariales ne permettent même pas d’atteindre une rémunération au SMIC horaire, et menacent d’une grève le 9 juillet. Les praticiens à diplôme hors Union européenne, les PADHUE, en majorité originaires du Maghreb, étaient aussi dans la rue, pour exiger la fin de leur statut précaire. À compétences égales, ces médecins n’ont pas les mêmes droits, des contrats courts et des salaires dérisoires, corvéables à merci. Le décret qui devait corriger cette injustice n’est toujours pas paru. Répression Concernant les embauches, la titularisation des contractuelEs, près de 20% dans le public, et l’arrêt de la fermeture des lits, aucune annonce. Quant à la gouvernance, le directeur reste le seul patron à l’hôpital. Dans le même temps, celles ou ceux qui, comme au CH du Rouvray ou à l’Ehpad de Livry-Gargan (93), se sont levés pour dénoncer la mise en danger de leurs collègues, sont aujourd’hui convoqués à des entretiens disciplinaires. Parallèlement, les autorités remettent en cause la reconnaissance automatique en maladie professionnelle, la limitant aux « cas sévères »de Covid-19. Sans oublier la rupture d’égalité dans l’attribution de la prime « Covid » annoncée fin mars par Macron. Le retour au monde d’avant est violent ! Nous n’oublions pas les violences policières qui le 16 juin, à Paris, n’ont pas épargné les hospitalierEs, chargés et gazés sans autre raison que de faire peur aux contestataires. Par ailleurs, la question des salaires ne doit pas occulter le combat engagé depuis de longues années par les syndicats hospitaliers et depuis quelques mois par le Collectif inter-hôpitaux. Sortir de l’hôpital-entreprise, de la tarification à l’activité, défendre un budget décidé en fonction des besoins de la population, est au cœur de ce que doit être un hôpital public qui assure l’accès à des soins de qualité pour touTEs. Un hôpital public, bien commun géré par celles et ceux qui le font vivre, en lien avec les représentantEs des « usagerEs ». Objectif 14 juillet Le remaniement ministériel est invoqué pour justifier le report des conclusions du Ségur. La réalité est tout autre. Tous les syndicats encore présents à la table des négociations rejettent le protocole proposé. Inverser la vapeur est donc encore possible et la prochaine échéance du mouvement est cruciale. Le 14 juillet de République à Bastille, toutes les forces qui contestent la politique de casse sociale de ce gouvernement doivent se retrouver pour mettre à l’honneur les premières et les premiers de corvées, dont les hospitalierEs sont aujourd’hui le fer de lance. Correspondant.e.s

  • Après le 5 juillet 1830, le « sang et la boue » de la bestialité coloniale en Algérie
    par fred-radar le juillet 6, 2020 à 8:51

    Le 20 juin dernier, un Brestois retoquait d’un graff courageux le nom d’une école maternelle de la ville. L’école, nommée Bugeaud en l’honneur d’un des plus célèbres maréchaux de la conquête de l’Algérie, n’est pas la seule. À Marseille, une école primaire dans une rue du même nom est aussi affublée du patronyme de ce massacreur en chef… au cœur du quartier ouvrier et immigré de la Belle de Mai. 190 ans après la conquête d’Alger, les noms de rues, d’écoles ou les statues (parfois vacillantes) à l’effigie de colonialistes ou esclavagistes notoires ne sont pas les uniques séquelles de cette sombre période. La conquête coloniale fut décisive dans l’histoire de certaines dynasties du capitalisme français comme pour des millions de personnes qui en subirent le joug. Retour sur cet épisode et ses conséquences au long cours. Pillage d’Alger et accumulation primitive En 1830, la monarchie de Charles X est mal en point. Avec une crise économique et une monarchie réactionnaire critiquée de toute part, le roi de France veut redorer le blason de sa famille en se lançant dans une expédition militaire. Plusieurs raisons amènent le régime à se lancer dans la conquête coloniale. Comme toute conquête, elle permet d’abord de dominer de nouvelles routes commerciales. Par ailleurs, une vieille dette toujours non réglée lie l’État français à la régence d’Alger lorsque le premier avait contracté une dette considérable pour s’approvisionner en blé auprès de la seconde. Enfin, les finances de la régence d’Alger ont la réputation d’être excellentes. La conquête, c’est la possibilité de ravir un trésor. Brun d'Aubignosc, homme de confiance du maréchal de Bourmont en charge de la préparation de l'expédition note à ce propos : « Il faut presser de tous les moyens l'expédition d'Alger, c'est la planche de salut. L'existence du Trésor d'Alger est un fait aussi notoire que celle d'une banque de France ou d'Angleterre. Ce trésor s'alimente des produits fixes que rien ne saurait en détourner. Alger sera prise et avec cette ville, les richesses qu'elle renferme. » Le pillage d'Alger commence avec la reddition du Dey d’Alger, le régent ottoman, le 5 juillet. Sur le papier, cette reddition devait limiter les opérations armées : il n’en est rien et des portions complètes de la ville sont démolies par des saccages. 20% de la fortune de la régence d’Alger est accaparé par l’État français, le reste revient dans les caisses des armateurs et intermédiaires, particulièrement le baron Seillière et l'industriel Schneider qui ont armé l’expédition de 450 bateaux et 40 000 soldats. Le pillage est source d’une extraordinaire fortune pour les deux familles1. Et cette forme d’accumulation primitive de capitaux permet leurs aventures industrielles puis la domination de la sidérurgie française par leurs héritiers. Un baron Seillière était encore à la tête du Medef au début des années 2000. L’expédition marque le début de la conquête et de la colonisation française de l'Algérie qui s'étend sur 132 ans. La conquête coloniale débouche sur la dépossession massive des droits de propriété des habitantEs de la ville, l’imposition du franc et une nouvelle fiscalité. En novembre 1830, la ville de Blida est envahie, les prisonniers tués, le massacre dure six heures. Et après une contre-attaque qui tue vingt et un soldats français, huit cents habitantEs sont assassinés en représailles2. Atrocité(s) de l’impérialisme La « conquête absolue de l’Algérie », comme la définit le général Bugeaud en 1841, s'effectue par des violences inouïes commises par une armée moderne durant plusieurs décennies. 400 000 morts directs pour la guerre de conquête et, si l'on ajoute les victimes des famines qui sévissent durant la période et qui sont une conséquence de la conquête, on atteint vraisemblablement un million de morts : un tiers de la population algérienne estimée en 1830. En Europe, le massacre de civils est « affreux, détestable ». En Afrique, « c’est la guerre elle-même »3 disait le maréchal Soult. Dans le massif du Dahra, le jeune colonel Saint Arnaud, futur ministre de la Guerre sous le Second Empire, explique la méthode dite des « enfumades » : « Le 12 août [1845], je fais hermétiquement boucher les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. Il y a là dessous cinq cents brigands qui n'égorgeront plus les Français. Ma conscience ne me reproche rien. » En novembre 1849, Émile Herbillon fait massacrer l’oasis de Zaâtcha. En janvier 1850, François de Canrobert incendie Nara. En décembre 1852, Laghouat, aux portes du désert, est le théâtre d’une hécatombe effroyable4. Exécutions, viols ou enlèvements : il s’agit de briser les habitantEs. « Tuer tous les hommes jusqu’à l’âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger des bâtiments, les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs ; en un mot, anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens » dit le lieutenant-colonel Lucien-François de Montagnac. Les affrontements et la fuite de populations de leur territoire entraînent une déstructuration de la production : la destruction du monde rural étant même parfois un but de guerre. La population devient plus vulnérable aux maladies et aux épidémies liées à la malnutrition. La pression à l'exportation de céréales de même que l'obligation de payer l'impôt en numéraire contribuent par la suite à vider les silos de céréales. La faiblesse du numéraire met en scène les usuriers qui viennent au secours du paysan qui peine à payer l'impôt ou à s'outiller, pour mieux l'étrangler quelques mois plus tard. Des prêts avec des intérêts allant jusqu'à 200 voire 300% sur l'année sont fréquents. La société algérienne devient beaucoup plus vulnérable face à l'aléa climatique. En 1867, lorsqu’un journaliste du Courrier de l’Algérie pointe une « épidémie de la faim » menaçant le « tiers de la population », il est traduit en justice pour fausse nouvelle5. Le danger est pourtant bien réel. En 1868, la famine frappe et le nombre de morts est estimé entre 400 et 820 000 personnes. Pour l’historien Mike Davis, il s’agit d’un véritable « génocide colonial » similaire à ce qu’il peut se passer dans l’Inde du Raj britannique6. Dépossession et insurrection À l’instar des migrants pour l’Amérique, les colons de nombreux pays d’Europe qui sont orientés vers l’Algérie par l’État français fuient les crises industrielles et la concentration des terres agricoles par un petit nombre de propriétaires. Une partie de ces colons participent à la dépossession foncière, processus qui produit d’abord un important prolétariat rural avant d’alimenter un exode qui vient remplir les bidonvilles aux abords des plus grandes villes. En 1954, le revenu moyen d’un fellah est cent fois inférieur à celui d’un Européen. En 1962, 2,5 millions d’hectares ont été appropriés par les Européens qui se réservent les meilleures terres. L’économie coloniale est tournée vers la prédation des ressources minières (fer, phosphates et charbon) et des ressources forestières comme le chêne-liège. Sur le plan juridique, comme dans d’autres colonies de l’empire français, le « code de l’indigénat » soustrait les indigènes au droit commun. Victimes d’amendes collectives ou d’internements administratifs, ceux-ci ne peuvent pas se déplacer sans la demande de permis de circulation. En cas de sanction pour non-respect des « règles », pas d’instruction, pas de défense, pas de procès. Cette domination coloniale de plus d’un siècle est jalonnée de résistances et de révoltes. Aux insurrections éclatant en 1871, 1876, 1882 et 1916, succèdent et se superposent le banditisme social et le militantisme politique pour l’indépendance, conquise en 1962 par les soulèvements et la lutte armée sous la direction du FLN7. 1. Pierre Péan, Main basse sur Alger. Enquête sur un pillage, juillet 1830, Plon 2004. 2. Benjamin Brower, « Les violences de la conquête », dans Abderrahmane Bouchène (dir.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale. 1830-1962, La Découverte, 2014, p. 58-63. 3. Ibid. 4. Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault, « 1830-1880 : la conquête coloniale et la résistance des Algériens », dans Abderrahmane Bouchène (dir.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale. 1830-1962, La Découverte, 2014, p. 17-44. 5. Annie Rey-Goldzeiguer, Le Royaume arabe, SNED, 1977. 6. Mike Davis, Late Victorian Holocausts : El Niño Famines and the Making of the Third World, Verso, 2001. 7. Samuel Terraz, « 1er novembre 1954 : Le FLN déclare la guerre au colonialisme », L’Anticapitaliste n°495, 31 octobre 2019. Chris MiclosSamuel Terraz

  • Au Brésil, « Bolsonaro veut effacer le crime de Marielle »
    par fred-radar le juillet 6, 2020 à 8:27

    Article publié sur le site A l’Encontre Bolsonaro sait ce qui l’attend s’il casse l’omerta autour de Marielle. Trois parapoliciers, ou « miliciens », sont en prison pour leur participation présumée à l’assassinat de la conseillère municipale Marielle Franco, qui a eu lieu il y a deux ans et trois mois (14 mars 2018) à Rio de Janeiro. Deux des suspects, Ronnie Lessa et Elcio de Queiroz, ont été retrouvés ce jour-là sur le site où résidait l’actuel président, quelques heures avant l’attentat. Ce jour-là, Bolsonaro était à Brasilia, mais l’épisode a alimenté les soupçons. Le troisième accusé est Maxwell Simoes, arrêté début juin, accusé d’avoir jeté ses armes dans la mer. Dans la nuit du 14 mars 2018, les tueurs ont intercepté la voiture dans laquelle Marielle Franco circulait et lui ont tiré quatre balles dans la tête. Son chauffeur, Anderson Gomes, est mort en même temps que la jeune leader du Parti Socialisme et Liberté (PSOL), qui s’était révélée comme une militante dans les favelas de Rio de Janeiro. Un quatrième parapolicier, Fabricio Queiroz, un ami de Bolsonaro depuis l’époque où les deux hommes étaient membres de l’armée dans les années 1980, a été détenu pendant près de deux semaines dans une cellule isolée de la prison de Bangu, dans l’ouest de Rio de Janeiro. Il a gardé le silence. Personne ne sait s’il est prêt à respecter l’«omerta» qui lui est demandée au Palais du Planalto (résidence présidentielle de Bolsonaro). Pour certains, c’est un «soldat» bolsonariste incapable de balancer son patron. Pour d’autres, la loyauté de Queiroz n’est pas certifiée car il craint d’être exécuté dans un incendie d’archives comme cela est arrivé à d’autres miliciens qui sont tombés en disgrâce. De plus, on ne peut exclure qu’il soit prêt à profiter de la récompense pour information afin de garantir la sécurité de sa femme, qui est en fuite. On dit que Fabricio Queiroz sait tout sur Bolsonaro et sa famille. Bien qu’il ne soit pas accusé de l’attentat qui a coûté la vie à Marielle Franco, il pourrait avoir des informations sur cette affaire et sur d’autres crimes qui pourraient faire trembler les fines colonnes du palais présidentiel de Brasilia. L’ancienne amie de Marielle, Monica Benicio, a parlé à Página/12 du réseau qui relie le dirigeant d’extrême droite à la «milice» homologuée, qui se sont transformés de tueurs à gages – et ce bond a beaucoup à voir avec l’arrivée de Bolsonaro au gouvernement – en un facteur de pouvoir ancré dans l’État. Ils ont leurs propres députés, de l’argent, des armes et des réseaux de renseignement. Un système utilisé par l’ex-capitaine président. C’est pourquoi ni les miliciens ni le dirigeant ne bénéficieraient de la clarification du crime. Il arrive que lorsque ces contrats armés sont rompus, les conséquences sont imprévisibles, et l’affaire Marielle Franco ne peut rester impunie, car elle a pris une dimension politique et une projection internationale considérables. « Bolsonaro ne s’engage pas à résoudre le crime (…) il veut l’effacer (…) il a tout fait pour entraver les enquêtes en faisant pression sur la police fédérale. Pourquoi veut-il avoir le contrôle de l’enquête ? Qui veut-il couvrir», demande l’ancien collègue de Marielle. Monica Benicio est aussi catégorique dans ses convictions que mesurée dans l’analyse de l’évolution d’une affaire qui «prend trop de temps à être éclaircie». Elle évite de porter des accusations sans preuves. « Bolsonaro n’a jamais caché sa relation avec les milices, et les milices sont impliquées dans l’assassinat, mais il n’y a aucun élément permettant de dire que le président a participé à l’assassinat. Au moins pour l’instant, les preuves de la complicité de Bolsonaro n’ont pas été apportées. Nous ne pouvons pas être légers, nous devons attendre les résultats des enquêtes. » « C’était un crime politique parfaitement planifié, je pense qu’il y a des éléments qui permettent de supposer que les miliciens emprisonnés étaient les auteurs matériels et les complices de l’assassinat. Nous espérons que d’ici la fin de l’année, des progrès importants auront été réalisés. Ces derniers mois, des mesures positives ont été prises, comme l’arrestation de Maxwell Simoes, qui pourrait nous permettre de trouver les armes de l’attentat. Son arrestation a également empêché que l’enquête passe de la juridiction de Rio à la juridiction fédérale comme le voulait Bolsonaro », explique l’architecte Monica Benicio. « Celui qui a planifié un tel meurtre est quelqu’un qui doit être imprégné de la phobie LGBT, du racisme, de la misogynie, j’imagine que les auteurs pensaient que Marielle allait être oubliée comme tant de femmes noires qui ont été assassinées et ce ne fut pas le cas. Les répercussions que ce meurtre a eues ont dû les surprendre. Ces répercussions sont nourries par la pulsion de vie qu’elle avait. Il y a beaucoup de gens qui ont été touchés par sa mort et grâce à cette affaire la dimension politique s’est affirmée. Cela nous donne la force de continuer à nous battre. » François au téléphone « Je voudrais que le pape me reçoive, en mars j’ai entamé des conversations pour demander une rencontre avec lui, c’est quelqu’un qui représente beaucoup pour la démocratie brésilienne », dit Monica Benicio qui a rencontré les Mères et Grand-mères de la Place de Mai, en Argentine. En Suisse elle a été reçue par la haut-commissaire aux Droits de l’Homme, Michelle Bachelet. En août 2018, le pape François s’est entretenu au Vatican avec la mère de Marielle, Marinete da Silva. « Cette réunion était très importante (…) pour donner une visibilité internationale à notre lutte pour la vérité », dit Monica Benicio. « D’un point de vue politique, j’ai beaucoup de sympathie pour le pape, même si je ne suis pas une catholique fervente, j’ai beaucoup de respect pour lui, pour ses positions, sa position est très importante. » Jorge Mario Bergoglio (le pape) a gagné l’affection des Brésiliens lors de sa visite à Rio de Janeiro en juillet 2013, lorsqu’il a visité une favela et célébré une messe pour quelque deux millions de jeunes sur un autel installé devant les plages de Copacabana. Le premier contact direct du pape avec le meurtre a eu lieu en mars 2018 lorsque la fille de Marielle, la jeune Luyara, lui a écrit pour lui demander de prier pour la mémoire de sa mère. Quelques jours plus tard, le chef du Vatican a téléphoné à Marinete da Silva, qui a été stupéfaite d’apprendre qui était à l’autre bout du fil. «La mère de Marielle est très catholique, tout comme Marielle qui a été catéchiste pendant de nombreuses années dans l’église des Navigateurs de la favela da Maré», dit Monica Benicio. Et elle se souvient qu’elle a rencontré sa compagne à l’église des Navigateurs, dans la favela de Maré, au nord de Rio, où Marielle Franco a fait du travail social pendant des années. Article publié dans le quotidien argentin Pagina 12, le 30 juin 2020; traduction rédaction A l’Encontre Dario Pignotti